Il est clair, et tout le monde l'aura remarqué, que la photographie gagne du terrain dans ce que je qualifierais mon emploi du temps.
Ce matin, j’attends mon train pour La Rochelle. Il est sept heures du matin. Je la vois arriver. Elle est fine, bien faite et c’est certainement pour cette raison que je la suis du regard. Elle est mignonne, sans plus. Jeune, vingt-cinq ans.
Elle pose son sac sur le banc, fouille dedans avant de ressortir un appareil reflex et de shooter je ne sais quoi. Moi, voyant cela, j’en ai fait autant.Coup de pot, le type au téléphone – à qui peut-il parler à sept heures du matin pour qu’il ait un sourire aussi grand ? – arrive et occupe l’espace sur la gauche. C’est parfait, me dis-je, avant d’appuyer sur l’obturateur.
Je range mon appareil dans son étui, elle en fait autant et part.
La photographie numérique a fait un bond colossal en quelques petites années. Aujourd’hui, tout le monde a son reflex numérique – encore un luxe il y a quatre ans – et je vois tous les jours des photographes débarquer ici ou dans mon village, le Canon en bandoulière et visant tout et n’importe quoi. Ensuite, ils vérifient, un sourire aux lèvres, que la photo est bonne dans l’écran de contrôle.
Même si cela peut prêter à sourire, les conséquences sont également visibles. Les gens, dès lors qu’ils voient un objectif braqué sur eux, deviennent agressifs. Pire, ils n’hésitent plus à porter plainte pour violation de vie privée, non respect de l’image de soi. Certes, ça va un peu loin mais reconnaissons que d’être pris en photo par des inconnus est un sentiment étrange, non ? Voire même envahissant…
Voilà pourquoi mon gros réflex est rangé et que je ne sors plus qu’avec le G10. Personne ne se méfie d’un petit appareil. Et ce n’est pas parce qu’il est petit qu’il est mauvais. Oh, que non…
Ce petit commentaire pour effectuer de manière assez élégante – et c’est là tout mon style – une liaison vers un sujet qui me fait beaucoup réfléchir.
Quand je prends une photo, je ne me demande jamais, à cause de la taille de mon appareil, comment je vais faire. Au contraire, je me fous mais alors royal du côté technique d’un appareil. Non, non, je me pose une question simple et différente : pourquoi ?
Dans le cas de cette photo, c’est la pose de la photographe et sa manière peu orthodoxe (main gauche) de saisir son appareil qui m’interpelle.
Autre conséquence, je ne prends plus – ou alors rarement – de zoom. Je “travaille” qu’avec de petites focales, pour m’obliger à m’approcher de mes sujets et de mettre en scène mes clichés. Ici, j’attends que le type au téléphone soit bien à gauche.
J’en profite pour vous recommander d’aller dare dare sur le site de Benoit Pallier dont les photos, de véritables questions (pourquoi), sont absolument magnifiques.
Ce long discours pour rappeler qu’une photo, selon moi, n’est pas une question technique ou philosophique. Une photo, comme un tableau, ou un livre, ou un bon film, reste toujours ce qu’elle est quand elle est belle.
Une émotion.
I love you. All of you.
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