La semaine dernière, j’étais en route pour Paris car invité à un vernissage organisé par Leica. En fait, j’étais confortablement installé côté fenêtre – toujours : plus facile pour dormir – et commençant la lecture de mon magasine photo. Rien de bien terrible, me direz-vous. Ce garçon mène une vie assez banale, somme toute, rajouterez-vous.
Vous voyez, j’ai presque envie d’être d’accord avec vous.
Le train roule. Atteint sa vitesse de croisière. Le contrôleur arrive à ma hauteur. Soudain, le TGV ralentit rapidement. Le préposé aux billets s’éloigne de mon siège et va vers le bout du wagon. Le train s’arrête.
Flûte. Qu’est-ce que c’est, cette fois ?
Un accident de voiture ? Un suicide ? un tremblement de terre ? Non, parce que je rappelle que je prends régulièrement le train. Et si celui-ci est confortable, il n’est malheureusement pas souvent à l’heure.
Au bout de quelques cinq minutes, l’homme revient, s’excuse d’un geste de la main. Après avoir vérifié mon billet, celui-ci me chuchote :
“- Il y a des vaches sur la voie.”
Je souris. Celle-là, on ne me l’avait jamais faite. Je roule mon blouson, m’improvisant de cette manière un oreiller. Pose ma tête dessus.
Quelques minutes plus tard, le jingle SNCF retentit dans les hauts-parleurs du wagon.
“- Mesdames et messieurs, veuillez nous excuser pour l’arrêt du train, provoqué par une divagation de vaches sur la voie.”
Je vous jure que c’est vrai. C’est tellement énorme que je crois en avoir la bouche ouverte. Ainsi, des vaches divaguent ? Mettant en péril tout un trafic ferroviaire ? Il y a un truc spécial dans l’herbe ? Le contrôleur a trop fumé ?
Quelque chose doit m’échapper.
Non, non, plusieurs fois, le fonctionnaire répètera que “suite à une divagation de vaches, le train aura trente deux minutes de retard.”
Une vache qui divague, c’est normal. A force de voir passer les trains, cela devait arriver. Ma seule chance, c’est d’avoir été dans le train qui a été l’heureux témoin de cette divagation.
I love you. All of you.
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