Il ya quelques semaines, je me suis retrouvé à la première soirée de la foire du Trône, pelouse de Reuilly, à Paris. Pour ceux qui l’ignorent, c’est une gigantesque fête foraine qui s’étend sur plusieurs hectares. C’est populaire à souhait, ça sent bon la barbe à papa et la pomme d’amour. Bon, le seul point négatif, c’est certainement les Kaïra (verlan de racaille) qui traînent pour se laminer la tronche entre eux. Ce qui, forcément, impose l’attention vigilante des représentants de l’ordre. Qui emmènent, un bonheur ne venant jamais seul, leur boîte à gifles mobile.
C’est comme ça. J’avais apporté mon petit appareil photo dans ma poche. Une fête foraine de nuit, c’est joli. Mon petit machin – je parle de mon appareil, bien sûr – étant très lumineux, il fait de bonnes photos en obscurité. De plus, il a le mérite d’être discret. Avec tous les petits loulous qui traînent, le poing en avant et le coup de boule offert aux cent premiers clients, c’est peut-être mieux.
C’est magique, la foire du Trône. Même si ça pue l’embrouille, cette grande fête garde un cachet nostalgique de l’enfance. Les cris fusent et se transforment en hurlement de terreur au fur et à mesure de l’ascension des chariots du grand huit. Ici, une navette effectuant des loopings magnifiques. Là, une barque accomplissant de magnifique boucles ininterrompues. Quand je demande à Cher Ami – Ainsi ai-je appelé mon camarade Pascal – s’il veut se prendre une bonne trouille et se coller le cerveau dans les talons, ce dernier refuse poliment _ mais fermement - l’invitation. Tant pis, il me reste la joie de faire quelques photos.
Franchement, je ne shoote pas beaucoup. .Et pourquoi donc ? Je m’amuse encore plus à écouter les chants de terreur des imprudents qui sont sur l’Anneau Maudit, un truc rond qui monte et descend le long d’un axe vertical à toute vitesse. Des grands dadais frimeurs, aux bras tatoués comme des marins, s’égosillent par dessus les wagons qui s’enroulent autour de rails aussi hauts que des seins bien refaits.
Les enfants courent vers les chaises tournantes. Une ridicule chaîne de sécurité pour ne pas se pencher au-dessus, une chaise en inox dans laquelle il n’est pas évident d’y glisser ses grosses fesses- enfin, les miennes – et roule, Raoul, décollage. Hauteur prévue : 10 mètres. Ca ne va pas trop vite, c’est frais. Un petit parfum de front populaire, je vous dis. il ne manque qu’une java et un coup d’accordéon.
Nous traversons une partie de la foire. Etant des invités – j’allais dire prestigieux, au vu de ma carrière mais bon, je vais me la jouer cool et modeste – de marque, nous sommes invités à boire un verre rapide avec Marcel Campion, le grand patron des forains de France. Lui et moi nous étions rencontrés plusieurs fois sur les plateaux du BigDil, quand nous fabriquions des émissions aux thèmes comme le cirque, les manèges etc... Des cris, des hurlements.
Nous passons par les baraques moins clinquantes mais plus traditionnelles : les harangueurs au mots faciles et précis, rapides et secs, pour mieux appâter le chaland dans une chasse au trésor, un lancer de cerceau voire un tir à la carabine. A tous les coups, on gagne. C’est marqué. C’est vrai. Il faut juste ne pas regarder de trop près la tronche du cadeau. Le plomb de la carabine ne coupe jamais la ficelle du beau cadeau et pour cause, le projectile est rond. Va couper une ficelle tendue avec un osselet…
A l’heure d’un 21ème siècle à la consommation débordante mais à l’imagination tout de même stérile, la fête foraine replonge dans nos souvenirs de gosses. Du moins, en ce qui me concerne. Il n’est pas très loin le temps où je courais comme un dingue vers le manège. Pilote de ligne, conducteur de bus, automobiliste émérite et cosmonaute intrépide : tout ça, au même endroit. Ca cause… Il est encore moins loin, le temps, où je rattrapais mon Arthur – aujourd’hui un beau gosse de 19 balais – avant qu’il ne se fasse faucher par un Boeing en plein décollage ou un cheval de bois en pleine ruade.
Quand aux petits cons qui rôdent dans les allées, le poing en forme d’enclume, j’ai presque envie d’écrire qu’il y avait les Apaches à la Bastille et que dans le genre, ils n’avaient pas beaucoup le sens de l’humour non plus. Violence hier, violence aujourd’hui. Ca ne s’arrêtera jamais sauf, peut-être, le temps d’un tour de manège. Finalement, après la musique, c’est la foire du Trône qui adoucit les mœurs. Un tour de manège, c’est comme une valse. Ca fait tourner la tête, ca étourdit. Après, on sourit.
Mais pas longtemps.
I love you. All of you.
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